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CONDITIONS ET MODES D’ENTRÉE DANS LES PSYVHOSES


HYPOTHESE LACANIENNE SUR LE DECLENCHEMENT D'UNE PSYCHOSE







  
 

    

                                                                                                                                                                   Michel JEANVOINE                                                                                         

 

 

    J’ai proposé, pour aborder cette question du déclenchement de la psychose, un titre qui peut paraître ambitieux. Il l’est en effet, mais pourquoi avoir peur de l’ambition dans son travail puisque c’est de la limite que celle-ci rencontre, dans l’objection qui peut lui être faite, qu’un enseignement prend appui. Je vais vous proposer une lecture, ma lecture, de ces repères qui me viennent de Freud et de Lacan sur cette question; ceux qui me permettent de m’orienter dans cette clinique. C’est là, en ce point crucial, qu’un certain nombre d’enjeux viennent, ou pas, se nouer. Ce qui n’est pas sans liens avec le sujet même de notre réflexion qui nous guide aujourd’hui. 

    Et je voudrais vous faire remarquer que cette manière de travailler n’est pas quelconque et qu’elle est tout spécialement freudienne. En quoi? Je vais y revenir, mais je voulais vous dire auparavant que si ce Collège de Psychiatrie est aussi une école pour l’enseignement et la recherche il me faut en revenir à des éléments qui peuvent paraître dans nos milieux bien connus. Et il me faut donc prendre le temps de les remettre en perspective. En effet pour moi, et quelques autres avec qui je travaille, ces quelques repères freudiens sont essentiels.

    Comment celui-ci travaillait-il ? Celui-ci construisait progressivement ses repères, une méthodologie ; il construisait sa métapsychologie en venant la frotter au réel de sa clinique qui dès lors peut s’appeler « clinique freudienne ». Et à ces repères au travail venait se proposer une limite qui mettait ceux-ci en défaut. C’est de ce point, et de cette rencontre, que Freud tirait enseignement. Et cette rencontre nourrissait une nouvelle écriture. Il y avait là, pourrions-nous dire, et c’est cette lecture que je vous propose, un opérateur au travail, opérateur qui prenait en compte ce non, cette objection faite à sa première lecture. Ce point est essentiel, crucial. Pour la raison toute simple que c’est celui dont nous allons suivre le destin dans la question du déclenchement des psychoses, le point de rencontre avec un réel.

     Ca objecte! Et comment Freud met-il en place cette question?

     Le névrosé- et c’est ce qui le spécifie, à la différence de la psychose- vient lire et reconnaître dans le trait de la répétition les traces de son désir jusqu’alors méconnu, les traces de son désir inconscient. Freud évoque là, à travers ce « Wo es war, sollt ich werden », l’assomption par l’être parlant de ce désir méconnu, refoulé dira t-il. A cette première manière simple de penser la névrose vient cependant s’opposer dans la clinique, et une clinique qui se spécifiera désormais de cette singularité, la clinique des psychoses au sens large du terme, où ce qui fait retour au sujet n’est pas reconnu par lui comme le lieu où il se trouvait déjà sans le savoir, mais va former pour lui un bord spécifique, le bord xénopathique d’une sollicitation projective. La projection, c’est le mot de Freud. En effet dans l’étude et ses commentaires des « Mémoires du Président Schreber » il nous dit précisément ceci, qu’à la différence de la névrose il se trouve là quelque chose d’aboli qui laisse cette personne livrée à la projection. Il y a là autre chose qu’un simple refoulement. Et dans ses commentaires sur « l’Homme aux loups » il avancera ce terme que vous connaissez de « Verwerfung ». Il y a quelque chose d’aboli, de manquant, qui fait défaut au patient et dont les premiers effets sont de livrer celui-ci à ce retour extérieur, xénopathique, commandé par une main non seulement étrangère, mais énigmatique pourrions-nous ajouter. Tout semble se passer, comme si ce patient ne pouvant reconnaître son propre message, c’est-à-dire son désir, dans ce qui lui revient inversé de l’Autre, se trouvait livré au retour dans le réel d’une sollicitation qui, dès lors, ne pourra lui rester qu’étrangère et énigmatique.

 

 

 

    Vous reconnaitrez la simplicité de cette remarque et de cette notation clinique que chaque clinicien aujourd’hui, dans son travail, ne peut que retrouver. Et c’est ce qui arrive à Jacques Lacan. Vous n’êtes pas sans savoir que celui-ci choisira de traduire par forclusion le terme freudien de « Verwerfung », repérant là l’absence, ou le défaut, d’une fonction essentielle au parlêtre. En effet comment ne pas repérer en cet endroit le défaut d’un opérateur essentiel qui plus ordinairement permet au « Wo es war, sollt ich werden » freudien d’opérer?     

    Cette remarque, pourtant simple, est considérable. Comment la penser ? Et quelle place lui faire ?  Et de quelle manière s’en saisir et en rendre compte ?

    Ceci reste toujours notre question, même si nous ne le savons pas très bien. Et que pouvons nous donc en faire ?

    De cet opérateur Jacques Lacan va proposer une écriture. Une écriture nouvelle qui s’appuie sur les avancées de Freud où celui-ci décrit deux mécanismes à l’œuvre dans ce qui permet à la subjectivité du parlêtre de s’organiser, la métonymie et la métaphore. Si, de ce que Freud appelle le déplacement, il peut être rendu compte par le travail de la métonymie seul le travail de la métaphore est en mesure de rendre compte de l’ouverture, pour le sujet, d’un nouveau champ de signification. Alors quelle écriture de la métaphore proposer si celle-ci ordonne et supporte le champ des significations ?

     Mais avant de suivre Jacques Lacan, sur le fil de son travail, dans ses écritures, il me paraît indispensable de rappeler que Lacan rencontre la psychanalyse et les travaux de Freud à partir de sa rencontre avec Aimée. A l’occasion de sa thèse de médecine. Cette rencontre est essentielle pour lui. C’est avec elle, et très certainement d’autres, qu’il retrouve et réinvente l’enseignement freudien. Avec Aimée il vérifie qu’il ne s’agit pas d’un simple retour du refoulé et qu’il s’agit d’autre chose. Quelques temps après il pourra même dire qu’Aimée « inventait ». En effet l’invention est tout-à-fait autre chose que le simple retour d’un refoulé. De cette rencontre il proposera le « stade du miroir » comme le stade où se nouent, pour le jeune parlêtre, les dimensions de l’imaginaire et du symbolique. Un nœud particulier puisque c’est le trou au cœur de l’image spéculaire (i(a)) qui viendra faire la place et rappeler son articulation à la dimension du symbolique. Cette tout première manière de rendre compte de cette respiration de l’être, par la présence en son cœur de cet objet en exclusion interne, rend pensable la succession des indentifications qui donnent au moi son destin. Est-il possible de préciser ce premier nœud où se solidarisent l’imaginaire et la dimension du symbolique ? A cette question Jacques Lacan répond par, dans les années 50, une écriture, celle de la métaphore.

     C’est en freudien, en effet, que celui-ci avance en nous proposant cette métaphore. Celle-ci peut se spécifier d’une écriture qui rend compte de la substitution d’un signifiant à un autre signifiant. C’est ainsi que, non seulement en nouant les registres, mais en les transmutant l’un dans l’autre, un nouveau champ de signification s’ouvre. Jacques Lacan fait de cette opération commune de la métaphore une opération essentielle au parlêtre lorsque celle-ci porte sur un signifiant essentiel au parlêtre: la « métaphore paternelle ». L’écriture de cette « métaphore paternelle », avec le signifiant du Nom du Père, se propose comme l’écriture de cet opérateur susceptible de faire défaut, voire de se trouver frappé de forclusion. L’écriture de cette métaphore paternelle, et donc sa symbolisation, permet alors de penser comment le jeune sujet se trouve introduit au champ d’une signification neuve, qualifiée de phallique à la suite de Freud, où tout dans son monde ne peut que prendre sens sexuel. Voilà un des premiers effets du travail de cette métaphore essentielle au parlêtre, travail qui permet au sujet de reconnaître son propre message au lieu de ce qui lui revient de l’Autre, « Wo es war, sollt ich werden ».

     Et c’est seulement avec ces premières écritures qu’il est permis de penser ce qu’il pourrait en être du déclenchement de la psychose. Et d’en rechercher, chez tel ou telle, l’éventualité.

    Dans ce texte de 56, remanié par la suite avec quelques ajouts, et intitulé « D’une question préliminaire à tout traitement de la psychose » il conclut avec des remarques sur cette question. En effet ces remarques ne sont que les conséquences de cette nouvelle écriture de la métaphore  paternelle qu’il nous propose et de cette toute première topologie du schéma L issue de ses travaux sur l’identification spéculaire. Dans ce schéma L, si les deux axes de l’imaginaire et du symbolique sont noués, conformément aux travaux sur l’identification spéculaire, il arrive des situations où le sujet est amené à vérifier, ou pas, la validité de ce nœud et de cet opérateur qui fait nœud. Validité vérifiée au moment où le sujet rencontre une situation d’opposition non pas seulement imaginaire mais symbolique: la  rencontre, dira Jacques Lacan, d’un autre en position d’Un-Père. A cette occasion la validité de cette fonction de l’image spéculaire décrite se vérifie, ou mieux encore la bonne articulation des deux axes décrits dans le schéma L. Jacques Lacan peut alors nous proposer les voies empruntés par le destin de ce schéma L dans une topologie particulière qu’il explore avec Schreber lorsqu’une telle articulation ne se vérifie pas: le schéma I. En effet si la symbolisation de ce signifiant essentiel fait défaut, le point sollicité à cette occasion fait défaut, et l’abolition de cet opérateur entraine la réalité du patient dans une suite tourbillonnante de remaniements xénopathiquement commandés, dont le schéma I, à partir du schéma L, peut rendre compte. Je laisse à chacun l’étude, ou la relecture, de ce texte que je ne veux pas commenter au-delà.

   Que nous apporte notre clinique sur ce point et quels sont les situations, ou engagements, qui peuvent conduire à la sollicitation d’un tel appui pris sur cette fonction ? Par exemple nous savons quelle lecture Jacques Lacan fait des Mémoires du Président Schreber. Il pointe les conditions et responsabilités particulières que celui-ci assume dans ses nouvelles fonctions de Président de la Cour d’appel où il est amené à soutenir sa parole face à des collègues plus âgés, plus avertis, et surtout plus installés que lui, comme étant partie prenante de ce déclenchement. Cette fonction à assumer fait de l’assomption d’une certaine solitude, dans son exercice, un destin. Destin bientôt insupportable et les premières manifestations hypochondriaques sont là pour venir témoigner de la prise défaillante du corps dans l’ordre symbolique qu’à cette occasion il vient rencontrer. C’est une modalité d’entrée pour Schreber dans une réalité délirante où le positionnement de Flechsig- son médecin, objet d’un puissant transfert- mérite d’être interrogé et n’est pas sans avoir sa part dans les caractéristiques de l’expansion délirante de son monde.

     Dans le travail de présentation clinique que nous menons à quelques-uns il est plus habituel, et plus fréquent, de lire ce moment du déclenchement dans le destin malheureux d’une rencontre amoureuse. En effet, quel destin pour une rencontre amoureuse? Qu’est-ce qui la spécifie? Si l’autre rencontré se propose comme l’objet manquant susceptible d’animer le désir, cet autre se propose alors en place d’objet du fantasme. Ce type de nœud organise la vie amoureuse et c’est dans et par ces voies qu’elle s’initie. Jusqu’où et jusqu’en quel point ? Jusqu’au point où quelque chose vient objecter et où, avec cet autre, l’épreuve se fait de la  rencontre qu’entre l’Un et l’Autre ça ne colle pas. Lacan prend au sérieux cette rencontre, toujours manquée comme toute vraie rencontre, puisqu’en ce lieu il y lit la présentation de ce qu’il viendra souligner comme le défaut de rapport sexuel. Quelle issue à cette première passion amoureuse sinon la prise en compte possible et souhaitée, par l’un et l’autre, de cette dimension essentielle à l’ordre symbolique du non-rapport sexuel. Mais cette prise en compte, qui rendrait possible une traversée de cette épreuve, suppose la mise en jeu d’une fonction, celle, précisément, qui donne à l’être parlant son statut de parlêtre. Et c’est en ce lieu où un tel appui sur une telle fonction ne peut se prendre que s’initie un déclenchement qui ouvre, à ce jeune passionné, les portes d’un destin bien singulier. Il y a là une rencontre, spécifique à l’ordre signifiant, qui ne peut être symbolisée. A cette occasion se trouve donc vérifiée la manière dont se tient debout, ou pas, dans cet ordre signifiant, ce sujet supposé.

    Voici, à grands traits cliniques, cette toute première lecture présentée, et ramassée, dans ce texte de 56 qui résume son séminaire sur « Les structures freudiennes des psychoses » et dont il tire quelques conséquences. Cette lecture se fait par la mise au travail des trois registres Symbolique, Imaginaire et Réel, mais il faut attendre ses derniers travaux sur la topologie, à partir des années 70 pour que celui-ci donne à ces trois registres, R, S et I, un même statut équivalent pour chacun d’eux. Il s’agit ici, avec la topologie borroméenne non plus seulement d’une simple lecture mais d’une écriture. Comme si une lecture n’allait pas sans une écriture; et ici une écriture borroméenne qui vient nous présenter le nouage de ces trois consistances équivalentes de par ce nouage. Nous est proposée là, avec cette topologie, une nouvelle lecture et il ne nous est, dès lors, plus possible de lire de la même manière ce texte de 56. Ou, plus précisément, avec cette lecture topologique borroméenne, ce texte de 56 s’ouvre et se déplie d’une manière étonnante. Faites en l’expérience. De ce qu’il ne pouvait plus précisément écrire à cette époque, il nous en donne une nouvelle écriture avec laquelle nous pouvons faire un nouveau pas en dépliant cette nouvelle topologie.

   A partir de ce point je vous propose deux remarques.

   Tout d’abord celle-ci. Lacan construit ce nœud à partir, et avec, ce repère essentiel au lien social, puisqu’il l’organise: entre l’Un et l’Autre il n’y a pas de rapport sexuel. Ce qui ne veut pas dire qu’entre l’un et l’autre il n’y ait pas de copulation, mais ce qui souligne, en le plaçant au centre de gravité, qu’entre l’un et l’autre le rapport espéré fait défaut. Entre l’un et l’autre une déception radicale. Ce qui veut dire que chacun, de son côté, est amené à prendre à son compte cette déception radicale. Que le destin d’un lien conjugal, comme de tout lien social, passe par le consentement à cette déception qui ne fait que rappeler, en cet endroit, que l’être parlant est un être signifiant. Pas d’identité à soi-même. Voilà, avec Lacan, une manière de lire ce qu’il nous amène de notre condition de parlêtre. Cette manière de prendre en compte le non-rapport sexuel met en jeu une fonction, celle du nouage, du nouage borroméen. En effet le nouage donne  consistance au « Un comptable » là où il y a à compter comme « un » le non-rapport qui nous commande. Cette nouvelle consistance de la corde, du même coup, est partagée par le fait même du nouage, par chacun des deux autres registres S et I. Et si, en mettant ce nœud à plat, nous le serrons, se dégage alors l’espace central vide où nous pouvons situer, en suivant Lacan, le petit a, objet cause du désir. Je rappelle que très tôt, même si la définition de celui-ci n’a eu de cesse de se transformer, Lacan nous a proposé une des caractéristiques essentielles de ce petit a comme étant sa non-spécularité. Non spécularité essentielle au nouage au lieu même d’un trou qui spécifie notre prise dans l’ordre du signifiant et fonde notre statut de parlêtre. Si un des effets du travail de cette fonction est de faire du lien,  celui-ci s’avère ne pas aller sans être, aussi, celui de creuser l’être en son cœur, en son centre en venant lui rappeler le trou qui l’habite. Et c’est pourquoi j’ai pu proposer, à la suite de Lacan, de nommer cette fonction la « fonction nœud », et de faire, ainsi, équivaloir cette « fonction nœud » à la fonction de la « métaphore paternelle ». Autre écriture, pourrions-nous soutenir. Si nous consentons à cette équivalence nous pouvons alors concevoir comment un 4éme rond est en mesure de nouer ces trois cordes dénouées en conférant à ce nouveau nœud la qualité de chaine borroméenne. Tout semble donc se passer, dans cette hypothèse, comme si le 4éme rond possédait en lui-même cette qualité du nouage. Et comme si, pour symboliser cette fonction, il était nécessaire de rencontrer sa présentation. Si la « fonction nœud » n’opère pas nous pouvons faire équivaloir ce défaut à la « Verwerfung » et la conclusion de Lacan en, 66, trouve ici sa place : « Pour aller maintenant au principe de la forclusion (Verwerfung) du Nom du Père, il faut admettre que le Nom du Père redouble à la place de l’Autre le signifiant lui-même du ternaire symbolique, en tant qu’il constitue la loi du symbolique.»

 

     Et pour en revenir au travail clinique de nos présentations, si cet adolescent qui met un pied dans la vie sociale consent pour une première fois à un lien amoureux comment va t-il accueillir, ou ne pas accueillir, ce défaut du rapport sexuel. Quel vont en être les effets? Là où la prise en compte de ce « un » du non-rapport ne peut se faire, par défaut de symbolisation de ce nouage, vient s’ouvrir un champ qui livre ce jeune adolescent au commandement xénopathique. Dans l’impossibilité de recevoir et de reconnaitre son propre message dans le « non » qui lui revient de l’Autre et du réel, il se trouve livré à un commandement aveugle. Là où l’être ne peut se trouer surgit en sa périphérie ce type de montage halluciné.  

     Il est vrai cependant que si nous pouvons dégager une loi commune d’entrée dans la psychose les tableaux cliniques décrits restent spécifiques à chacun. En effet c’est avec les matériaux, et les appuis, à la disposition de chaque patient, que se construit ou se reconstruit le monde qui succède à cet effondrement. Et si dans certains cas, ce qui domine ce champ xénopathique est quelque chose de la voix, c’est-à-dire quelque chose qui concerne tout particulièrement la corde du S, il y a des manifestations que nous avons appris à lire et qui concernent les enjeux imaginaires de cette  manifestation xénopathique. C’est-à-dire que le recours à corde I est alors au premier plan. Et ce travail de simple logique nous amène à poser la question suivante: qu’en est-il alors si ce recours en la corde R est au premier plan? Comment l’appui et le recours à cette corde se manifeste t-il dans le champ xénopathique ? Ne pourrions-nous pas dire, et soutenir, qu’il nous faudrait explorer et donner, là, sa place à toute cette clinique des variations thymiques, psychose-maniaco-dépressive incluse ?

      Dans, et avec, ces quelques réflexions, j’essaie de vous donner à lire comment une écriture participe d’une clinique et comment celle-ci, borroméenne, nous permet d’avancer, avec des questions nouvelles, là où d’autres écritures trouvent leur limites.

 

      De fait, les différentes modalités d’entrée dans les psychoses peuvent s’éclairer avec le recours à ces nouvelles écritures et donner une nouvelle vie au travail clinique de nos prédécesseurs.  

     Si nous pensons et lisons le déclenchement dans ces termes nous concevons comment le patient, livré à l’inquiétante étrangeté, ne peut lire le message qui lui revient de l’Autre comme son propre message inversé et se poser la question de son désir. Je vous rappelle que c’est par ce biais que Lacan avait choisi d’introduire sa réflexion sur le nouage borroméen : « Je te demande, de me refuser ce que je t’offre, parce que ça n’est pas ça ! ». Il y là, anticipée dans la demande, une prise en compte du « c’est pas ça » par le sujet qui le reçoit comme son propre message. C’est-à-dire que là où était le « non-rapport » peut advenir un trait qui lie et troue à la  fois l’être. Lacan avait jugé nécessaire et indispensable de s’intéresser au travail des logiciens et tout spécialement à Frege sur la question de l’engendrement des nombres. Comment et de quoi se soutient l’engendrement d’une série, de toute série, sinon de la prise en compte, à chaque coup qui produit le successeur, du « zéro » qui fonde la série. Ainsi le zéro habite bien chaque élément de la série et  fait de cette série « une » série.  La série des identifications de chaque parlêtre semble se soutenir d’un travail  tout-à-fait semblable, travail de cette « fonction nœud » qui permet à l’Autre d’habiter et de tisser le parlêtre.

       Pour conclure je vous propose cette deuxième remarque, remarque essentielle et de fond quant au travail de la clinique. Dans l’argument de ces journées, et dans sa conclusion, il y a cette proposition que nous devrions nous intéresser à la question du déclenchement de la psychose et que nous aurions à en soutenir l’actualité. En effet, et pour quelles raisons ? Après Freud et Lacan, comme je viens de vous le présenter brièvement, s’intéresser aux conditions d’un déclenchement suppose des points de repères et une lecture. Cette lecture va s’avérer essentielle dans le travail que peut faire un patient. Si vous posez la question au patient celui-ci ne peut rien vous en dire. Il ne peut rien vous dire de ce bord qui n’a rien bordé et qui le contraint à lui substituer le bord d’une construction délirante, sa manière à lui de rendre compte, avec la xénopathie, de ce qui lui arrive. Il n’y a pas à s’en étonner. Si celui-ci pouvait en dire quelque chose, le repérer, et le prendre à son compte, nous ne serions pas dans cette clinique de la psychose avec ses spécificités. Ceci suppose donc que le clinicien lise, et lie, ce qui s’avère dénoué. Il y a là quelque chose dont le patient ne peut pas rendre compte et il y faut alors une véritable construction qui passe par une lecture. Lecture qui viendra buter sur l’objection, l’objection d’un réel. Et cette objection trouvera sa place, et participera du lien transférentiel qui s’inaugure. Par cette porte les premières conditions du déploiement d’un travail se constituent. Mais ceci suppose que le clinicien consente à y aller de ses repères. Quelques soient ces repères, puisque ceux-ci sont appelés à une réécriture.

   Peut-être est-ce par cette voie que la question de la transmission pourrait être abordée ? Mais nous sommes déjà dans d’autres journées !

 

       

 

    

 

          



[1] Texte établi d’après l’intervention orale



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- Auteur : JEANVOINE Michel
- Titre : HYPOTHESE LACANIENNE SUR LE DECLENCHEMENT D'UNE PSYCHOSE
- Date de publication : 14-05-2014
- Publication : Collège de psychiatrie
- Adresse originale (URL) : http://www.collegepsychiatrie.com/index.php?sp=comm&comm_id=155